EdF : une déroute et des questions

Baladée durant 90 minutes par une formation espagnole à 50%, l'équipe de France a été dépassée sur tous les fronts. Outre le score logique (0-2), c'est surtout le fond qui inquiète. Retour en questions sur le non match des Bleus.

Stade de France, hier soir. En dessous de tout, Thierry Henry (franck Ribéry à droite) semble avoir fait son temps en équipe de France.

La défense, éternel chantier ?

Avec sa multitude de blessés (Abidal, Gallas, Squillaci), trouver une charnière potable devient un véritable casse-tête pour Raymond Domenech. Face aux champions d'Europe en titre, le sélectionneur français avait décidé d'aligner une énième défense centrale inédite: Mickaël Ciani - dont c'était la première sélection - et Julien Escudé. Résultat des courses : les deux ont souffert face à la Furia Villa et Fernando Torres. Si le Bordelais a été l'auteur de bonnes relances et d'une présence physique indéniable, sa mauvaise passe dans l'axe en début de première période a failli coûter cher aux Bleus. Quant à Escudé, éternel remplaçant d'Eric Abdial, son match a été à la hauteur de ces précédentes prestations : mauvaise. En retard sur les deux buts, le Scud' n'a pas inspiré la confiance. Vivement que les éclopés retrouvent la forme...

La France a-t-elle trouvé son juste milieu?

Autant être franc : non. Dans un milieu composé de Lassana Diarra, Jérémy Toulalan et Yoann Gourcuff, seul le premier a été à la hauteur de l'événement. En dépit d'un déchet technique inerte au numéro 10 du Real Madrid, "Lass" a été le seul à tenir la dragée haute au milieu ibérique, grâce à un pressing haut et à un grand nombre de ballons récupérés. L'autre milieu défensif, Jérémy Toulalan, est précieux par son abnégation et son acharnement mais bien insuffisant pour apporter des solutions offensives. Incapable de changer le jeu, il a pris en pleine face la comparaison avec les Xavi, Sergio Busquets et autres Xabi Alonso. Et dire que Raymond Domenech ose avouer en conférence de presse que "la France n'a pas été si catastrophique"...

Quel fond de jeu, qui en est le dépositaire ?

Dans une composition longtemps égrenée par le sélectionneur, le poste de numéro 10 - aujourd'hui détenu par Yoann Gourcuff - doit être l'intermédiaire privilégié entre la défense et l'attaque, capable de changer, d'imprimer le tempo de son équipe. Or, le Bordelais, auteur d'un début de saison fracassant, n'a pour l'instant pas les épaules d'un leader de l'entre-jeu. Si Gourcuff a bien quadrillé le terrain et connu un bon passage lors des dix dernières minutes, trop peu sur un match, son impact dans le jeu a été inexistant. Mangé tout cru par le milieu de la Roja, le Girondin paye sa méforme en club. Plus généralement, la France a offert une somme d'individualité face à un collectif espagnol des plus rodés.

Henry, l'année de trop ?

Conspué par le public de Saint Denis lors de sa sortie (65ème, remplacé par Govou), le capitaine de l'équipe de France a déçu. "J'étais à court de forme, je manquais de rythme, ça s'est vu et dans un match contre une grosse équipe où il faut courir derrière la balle, c'est dur". Envoyé sur le banc luxueux du FC Barcelone par le jeune Pedro, Thierry Henry n'a plus l'aura d'antan. Avec un nombre incalculable de ballons perdus - dont celui qui amena le premier but espagnol - l'attaquant français n'a pas sa place au jour d'aujourd'hui dans le onze de départ. Pis encore, il oblige Franck Ribéry - par ailleurs moyen - à se déporter sur le côté droit. Il est temps que le capitaine laisse sa place à la nouvelle génération...

La France est-elle encore soutenue par ses supporteurs ?

"Domenech démission, Domenech démission" : voilà le leitmotiv d'hier soir à Saint-Denis. Déjà en manque d'amour après sa qualification difficile face à l'Irlande, l'équipe de France s'attire toujours les foudres de ses supporteurs. La Fracture est profonde et la déculotté technique prise par les Bleus n'aide pas à redorer un blason égratigné depuis maintenant deux ans. Heureusement encore, certains joueurs comme Florent Malouda ou Djibril Cissé - joueurs les plus dangereux malgré un faible quart d'heure de jeu à se mettre sous la dent - ont su mettre du baume au coeur des spectateurs présent à Saint Denis. Domenech et sa troupe ont encore trois mois pour rectifier le tir.



Article lu 1577 fois. Rédigé le Jeudi 04 Mars 2010 par Julien Froment